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#Portrait - J'ai décroché mon job de rêve à Hong Kong

 

Interview de Pierre Stanghellini, ancien de Kedge, qui a décroché son job de rêve à Hong Kong.

 

Décrocher le job de ses rêves : n’est-ce pas notre souhait à tous ? 

 

Si la tâche semble difficile et le parcours semé d’embûches, cela n’a pourtant rien d’impossible. 

Attention, nous te prévenons : le témoignage de Pierre Stanghellini risque bien de te donner envie de déplacer des montagnes pour atteindre ton objectif 🎯 Rencontre.

 

#Portrait - J'ai décroché mon job de rêve à Hong Kong 

 

 

 

L’homme raisonnable s’adapte au monde qui l’entoure.

L’homme déraisonnable s’évertue à adapter le monde qui l’entoure à lui. 

Donc tout progrès dépend de l’homme déraisonnable.

 

Moi, je suis un homme déraisonnable. Et en tant qu’entrepreneur, il faut être déraisonnable.

 

Bonjour, je m’appelle Pierre Stanghellini, j’ai 40 ans, je suis co-fondateur de HARi. J’arrive de 10 ans à Hong Kong, après avoir trouvé mon job de rêve.

 

1 - Quel est ton parcours ?

Je suis Français, et ai la chance d’avoir passé mes 15 premières années en Afrique. Je suis arrivé́ à Bordeaux à 15 ans à cause d’une guerre civile à Brazzaville, Congo. De 20 à 25 ans, métiers classiques : attaché commercial, vendeur en magasin. Tous les métiers de débutant dans le commerce, pour me faire la main. 

 

Et au bout de 3 ou 4 ans, une volonté de grandir un peu, passer en management pour gérer des équipes. Et là, de vraies difficultés !

 

"J’ai postulé à tout ce qu’on peut imaginer. Vous voyez Bordeaux, vous voyez le tissu : IKEA, Toys’R’Us, McDo, Quick, Casino, Decathlon, KFC et je crois que j’en ai oublié … et nulle part je n’ai été pris." 

 

28 ans : changement de vie. Je rentre à Kedge, c’était mon rêve, je rêvais d’entrer en école de commerce depuis que j’avais 20 ans. Et là, je projette de repartir à l’étranger.

 

À Vinexpo, je rencontre une amie d’enfance qui vit à Hong Kong. Je lui parle de mon parcours et elle me dit : « Pierre tu devrais venir, Hong Kong c’est fait pour toi ». Je lui ai dit : 

« J’ai un peu d’argent, mais j’ai prévu d’aller au concert de Michael Jackson à Londres. Si je ne vais pas à Londres, je viens te voir. »

 

"Le soir-même, je vais me coucher. Le lendemain matin, je me réveille : Michael Jackson était mort."

 

Et là, ma copine me rappelle à 8 h du matin : 

« Allo, Pierre ? Donc tu viens à Hong Kong ? »

Et là, j’étais obligé.

 

2 -  Que s’est-il passé à Hong-Kong ?

On débarque, un schpountz. Tout est beau, tu regardes partout, t’en prends plein les yeux. C’est extraordinaire. Au bout de 3 jours, je suis fan. Comment je cherche du boulot ? Réseau, Association des Français de l’étranger, networking events, anciens de Kedge : tout ce que tu peux pour rencontrer des gens. 

 

Grâce à X, Y, Z, j’ai un entretien avec Richard Ward, qui à l’époque est le propriétaire du groupe de restauration le plus en vue de Hong Kong. Il me dit : 

« Tu nous intéresses. Par contre, pour l’instant, je n’ai pas de job. Il faut qu’on reste en contact. »

 

Je reprends l’avion, dépité. Dépité, mais super énervé.

 

3 - Comment as-tu décroché ton job de rêve ?

Je rentre à Bordeaux, à bloc. Je trouve un job alimentaire, et en parallèle, je ne lâche pas Aqua. Je crois que j’ai fait 22 appels, 14 e-mails, pendant 1 an. Étude de marché, étude concurrentielle, scan de leur website, suivi sur Google, carte dans les toilettes avec les adresses des restaurants. Je vis, je dors, je bois hongkongais.

 

Et au bout de presque 1 an, je désespère. 

 

Je fais sur Google « Aqua restaurants job offers », et là, je vois le job de mes rêves : Director of Sales and Marketing of Aqua Restaurants Group. Je regarde la description, je me dis que c’est pour moi.

 

Je contacte Richard par e-mail et je lui dis : 

 

"Je serai là vendredi à 11 h, accordez-moi 1 heure."

 

Oui, sauf qu’on était dimanche, que j’étais à Bordeaux et que je n’avais rien prévu.

J’arrive à Hong Kong, et me voilà le vendredi matin à 11 h devant Aqua Restaurant Group office. J’ai fait l’entretien de ma vie. Je vous le rappelle : je parle mal anglais. 

 

Richard se retourne vers moi et il me fait : 

« Pierre, nous savons tous les deux que l’anglais n’est pas votre langue maternelle. 

Effectivement, Richard, je crois que vous l’avez entendu à mon accent. 

Comment comptez-vous vous y prendre à ce poste-là ? 

 

"Richard, 60% de votre staff est de langue maternelle anglaise. Si vous cherchez un directeur marketing avec langue maternelle anglaise, vous prenez dans votre staff, vous avez du monde. Moi, vous me recrutez pour mon expertise. Pas pour la langue."

 

Pour l’expertise en Sales and Marketing pour des restaurants, bars et boîtes. Et ça, c’est mon métier. Vous ne me demandez pas de vous écrire un livre ?  

Non. 

Ivan (qui était le camarade), si j’ai besoin de faire relire un flyer ou autre, tu pourras me dire ce que tu en penses ? » 

Il m’a répondu « Oui, absolument ». 

 

Ok, question suivante.

 

4 - Quels sont tes conseils pour y arriver ?

J’ai eu la chance d’avoir le job de mes rêves à 30 ans. Dans un groupe extraordinaire. 

 

La recette, et ce que j’en ai tiré, c’est :

  1. Il faut être ambitieux et ne pas avoir peur de viser haut, quel que soit le job.

  2. Il faut se donner les moyens.

  3. Je pense, par-dessus tout, qu’il ne faut rien lâcher. Il faut transformer toute faiblesse en opportunité, toute limite en action. Si tu ne sais pas, tu apprends, et c’est tout ! 

 

Il n’y a pas de recette miracle. Et c’est faisable. C’est faisable, parce que je l’ai fait. Donc si moi je l’ai fait, tu pourras le faire.

 

5 - Comment as-tu pu gérer cette aventure en ayant une famille à charge ?

La question familiale est très importante. J’ai toujours entendu des gens qui disaient : « Ah oui, mais … avec les enfants c’est pas facile », « Oui, mais, j’ai un crédit immobilier ». En fait, les « oui, mais » c’est dans ta tête. 

 

Le week-end où j’ai eu le job à Hong Kong, j’appelle mon épouse pour lui dire que j’ai le  job et elle me répond « Pierre, tu vas être papa ». Donc le même jour, on a à la fois un job à Hong Kong et un troisième enfant qui arrive. Ce n’est pas fait pour être compatible, tout ça, donc il faut s’accrocher. Il faut parler. Il faut être sincère. Et il faut ne rien lâcher. Et surtout, ne pas dire que comme on a des enfants, on ne le fait pas.

 

En 10 ans de carrière, j’ai fait 6 ans à Hong Kong, 1 an et demi à Bali, 1 an au Cambodge, maintenant on est à Bordeaux. Tout ça a été fait avec la famille dans les meilleures conditions pour eux. Parce qu’on se donne les moyens et on trouve des solutions pour ses enfants, tout le temps.

 

6 - Et après ce job, quelle était la suite ?

6 ans à Hong Kong : des montagnes russes émotionnelles. Enorme stress, énorme boulot. 

 

Beaucoup de changements de jobs, puisque j’ai fait en 6 ans : Sales and Marketing Director d’Aqua, je suis passé Directeur Asie pour Pure, puis Head of Precision Trade chez Pernod Ricard, après je suis passé au Comptoir… 

 

À chaque fois, je changeais, parce que la vie à Hong Kong coûte cher et la vie de famille coûte très cher. Au bout d’un an si je demande des augmentations de salaire ou des négociations mais si ça ne me correspond pas, je n’ai pas le luxe de me permettre d’attendre un an de plus.

 

J’ai 37 ans, on est au mois de mai, je suis viré : qu’est-ce que je fais ?

 

Je réfléchis. Je ne trouvais pas de job. Je suis trop cher, je suis vieux (37 ans, c’était vieux, ça l’est toujours un peu). Qu’est-ce que je fais ? Je me dis que je vais avoir plus de facilités à trouver 5 clients qui paient un petit montant qu’un seul client qui paie tout le montant. Donc j’ai ubérisé mon cerveau, et j’ai ubérisé mon temps de réflexion pour tous ces groupes qui voulaient travailler avec moi.

 

Et ça a été le début de HARi. 

 

7 - Comment est née HARi ?

HARi a été monté il y a 4 ans par la nécessité de pouvoir fournir et collecter des données de clients. 

 

Parce qu’à l’époque, et toujours aujourd’hui, quand tu as un restaurant, si tu veux avoir tes données clients, il faut avoir un système de booking, (un système de réservation), un système de paiement, un système de fidélité, un programme d’envoi d’emailing… Bref, tu discutes avec 7 ou 8 prestataires différents qui ne sont pas connectés.

 

HARi, je l’ai créé dans le but d’avoir un éco-système complet, où toute la boucle client (online, onsite et offsite) soit intégrée par un seul système. 

 

Donc à la base, c’est du CRM, et peu à peu on a mis en place des programmes fonctionnels pour intégrer. Afin que le restaurateur n’ait qu’une plateforme pour tout gérer. C’est ça, HARi.

 

Et après, tout a été très vite. En fait, on dit que ça été très vite, mais ça a été une galère de tous les jours. Il y a une expression anglaise qui dit :

 

« there is no elevator to success. You have to take the stairs. » En gros, en français : il n’y a pas d’ascenseur pour le succès, tu dois prendre les escaliers. C’est-à-dire : tu vas galérer.

 

En 4 ans, on a ouvert Hong Kong, Cambodge, Vietnam, France en « outil ». Et en consulting, j’ai la chance de faire tous les mois Dubai, Hong Kong, Macao, Vietnam, Cambodge, de temps en temps Chine, et la France (quand les avions volent).

 

4 ans après, je suis plutôt content de ce qu’on a fait. Même si on a eu beaucoup, beaucoup, beaucoup de travail pour y arriver.

 

Mais ce n’est que le début !

 

On a beau être en start-up, ça a beau être une jolie histoire que je vous raconte, derrière, il y a des heures et des heures de boulot, des erreurs, des clashs, des soucis, 180 vols, des milliers d’heures d’emailing… C’est un vrai cauchemar pour celui qui n’est pas prêt. Il faut être prêt pour faire ça, parce que finalement, si tu n’es pas prêt à 200% ça ne marche pas.

 

8 - Quelles ont été les plus grandes difficultés durant ton parcours ?

Les principales difficultés, elles sont relativement simples. C’est le cash ! C’est-à-dire que la vie à Hong Kong coûte extrêmement cher : 3 enfants + école française... ça a été extrêmement difficile. On est passé des dizaines de fois à côté du crash financier où dans 3 semaines, il fallait rentrer en France. Il faut l’admettre. 

 

On a eu des moments où il n’y avait tellement plus de sous que c’est l’argent de poche des enfants qui servait à payer le temps que l’argent des clients rentre. On est aguerris, tous, maintenant !

 

"Donc le principal souci, c’est le cash. Mais c’est pas le manque de cash qui doit empêcher de te projeter."

 

Ce n’est pas parce que tu n’as pas de cash qu’il ne faut pas le faire. C’est ça, la différence : je n’ai jamais eu le cash pour faire quoique ce soit, et pourtant j’ai fait des choses extraordinaires. Parce que j’ai décidé que j’allais faire un projet, et par rapport à ça je me suis donné les moyens

 

Donc oui, ça a été cauchemardesque le cash, mais à part ça, le reste c’est une balade, en fait. C’est pas important.

9 - Quels conseils donnerais-tu aux futurs entrepreneurs ?

Aujourd’hui, c’est l’une des plus grosses crises économiques mondiales qu’on ait vécue. C’est quand même hors-norme ce qu’il se passe actuellement.

 

Nous, on a eu 3 marchés qui s’effondrent en même temps, les gens ferment... La France n’a plus de restaurants, de bars, de boîtes de nuit, de clubs. C’est pourtant le pays de la gastronomie

 

On a tendance à entendre tout le monde dire que c’est un crash, une crise. Moi, j’y vois des opportunités, des opportunités extraordinaires. Les gens ont besoin d’aide : ils ont besoin de digitalisation, de conseils, de soutien, de changement, il y a des choses à faire et à sortir. 

 

Je pense qu’aujourd’hui, plus que jamais, pour celui qui réussit à naviguer et à manœuvrer parmi ces eaux fluctuantes-là, en tant qu’entrepreneur, c’est extraordinaire. 

 

"Alors plutôt que de se plaindre en disant ce qui ne va pas, je recommande fortement de se focaliser sur ce qu’il peut y avoir. Parce que nous sommes au début d’une révolution."

 

Et pourtant, j’ai quitté la France il y a 10 ans dans une situation différente et aujourd’hui, je reviens et j’ai réalisé une chose : c’est un pays d’opportunités extraordinaires. Le gouvernement encourage les start-ups, il y a des incubateurs, des aides, du financement, du mentoring, du support, ça bouge dans tous les sens. 

 

J’avais lu dans un article que Xavier Niel disait que la France était un pays où il fallait investir. Au début, je ne comprenais pas trop, et après avoir passé 6 mois ici, je réalise. C’est pour moi le pays le plus impressionnant en termes de créativité et de potentiel de croissance.

 

 

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| 20 septembre 2020| By Wan2bee

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